Le golfe et la transition énergétique: un pari vert d’avenir!

Compte rendu Conférence SPMA du 4 décembre 2015

Par Sabrina Caballero pour Sciences Po Monde Arabe

Dans la lignée de la Conférence des Parties (COP) 21 qui s’est tenue au Bourget du 30 novembre au 12 décembre dernier, Sciences Po Monde Arabe a réalisé une conférence sur la thématique de la transition énergétique dans le monde arabe et plus particulièrement dans la région du Golfe – acteur incontournable de la scène énergétique internationale. Sciences Po Monde Arabe a orienté cette conférence, modérée par Sabrina Caballero, autour de la thématique suivante :

“The Gulf: From oil era to the energetic and ecologic transition, what the future holds for the region?”

Les intervenants invités par Sciences Po Monde Arabe pour intervenir lors de cette conférence sont les suivants: Son Excellence Dr. Thani Ahmed Al-Zeyoudi, Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire des Emirats Arabes Unis (EAU) à l’Agence Internationale des Energies Renouvelables (IRENA) et Directeur du département Energie/Changements climatiques au sein du Ministère des Affaires Etrangères aux EAU ; Jean Ballandras, Secrétaire Général d’Akuo Energy ainsi que Fédérateur des Energies renouvelables (ENR) pour le commerce extérieur rattaché au Ministère des Affaires Etrangères français ; Kate Dourian, Administratrice du département Moyen-Orient au sein de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE).

Première intervention : Kate Dourian

Kate Dourian a posé le cadre de cette conférence et notamment de la situation de la péninsule arabique avant l’émergence de la transition énergétique sur la scène internationale. Selon Kate, la région du Golfe est une région importante dans la mesure où elle dispose des réserves les plus importantes au monde et qu’elle joue donc, inévitablement, un grand rôle dans notre futur climatique puisque un impact sur un pays aura forcément des conséquences sur les autres.

L’administratrice de l’AIE a défini le pétrole en tant que richesse déterminante pour la croissance économique, comme c’est à titre d’exemple, le cas pour les EAU. Comme expliqué, , bien que la transition énergétique dans ces pays soit déjà amorcée, le pétrole gardera encore une place importante dans l’économie de ces pays. La rente ne disparaitra pas du jour au lendemain.

Pour cette raison, Kate Dourian a insisté sur le fait que les pays Occidentaux vont devoir compter de plus en plus sur le Golf à la fois dans le secteur des énergies fossiles mais également dans celui des énergies vertes. Dans la situation actuelle, les prix du pétrole sont en chute constante et les pays reposant sur cette rente (ex : financement de la fonction publique où sont embauchés 90% des individus, financement de projets immobiliers hors-normes comme la tour la plus haute du monde à Djeddah) se retrouvent dans un état de précarité avancé.

Kate Dourian a précisé que si cette région du monde ne s’adaptait pas aujourd’hui aux ENR, alors elle se retrouverait dans une situation de handicap financier. In fine, il faut garder à l’esprit qu’il reste plusieurs secteurs à explorer pour trouver des alternatives viables pour cette région du monde. Pour terminer, elle a expliqué que les pays du Golfe commencent à faire augmenter le prix des énergies à l’échelle nationale afin de réduire la demande intérieure et donc avoir la possibilité d’exporter plus de barils.

Pour le cas précis des EAU, ces derniers sont de plus en plus préoccupés par la problématique énergétique parce qu’il y a une urgence à intervenir s’ils veulent à la fois conserver un niveau de richesses équivalent ainsi qu’un même niveau de productivité après la disparition de la rente pétrolière.

Deuxième intervention : Jean Ballandras

Jean Ballandras a poursuivi la conférence en offrant la vision des entreprises françaises dans cette région depuis leurs débuts jusqu’à aujourd’hui. Il a dans un premier temps présenté que les entreprises françaises ont fait partie des premières entreprises dans le monde à avoir contribuer avec les américains à la découverte, l’extraction, la production et la distribution du pétrole dans la région du Golfe.

Le fédérateur des ENR pour le commerce extérieur continu en développant sur le nucléaire en prenant pour exemple le cas des EAU. Il a expliqué que l’an dernier, dans ce secteur, il y avait une compétition entre la France (via EDF) et la Corée du Sud pour la construction d’une centrale nucléaire dans la ville de Barakah près d’Abu Dhabi. Cette compétition a été remportée par le consortium coréen. Jean Ballandras a mis l’accent sur la filière nucléaire car elle est selon lui une des alternatives pour cette région au pétrole et au gaz. De ce fait, cette filière doit être compétitive.

D’après lui, la France cherche à être de plus en plus attractive sur les projets ENR de faibles envergures dans la région et que les projets de grandes envergures ne sont pas encore prévus dans ce secteur en particulier. Pour une entreprise française, ce qui est intéressant c’est d’être présente dans des endroits où il y a une exploitation de ces nouvelles énergies afin de pouvoir mettre en place de nouveaux projets.

Jean a terminé son propos avec l’entreprise Total. C’est un modèle « caméléon » dans la région qui a été une des entreprises pionnières dans la région avec d’autres entreprises américaines. Elle a contribué au rayonnement de la France et plus particulièrement dans le secteur des hydrocarbures. Aujourd’hui, son influence est toujours présente dans son secteur initial mais l’entreprise est parvenue à diversifier son offre aux ENR comme en témoigne sa contribution à la construction de la Shams Power Station aux EAU, qui est la centrale solaire à concentration la plus puissante au monde actuellement.

Troisième intervention : Dr. Thani Ahmed Al-Zeyoudi

Lors de cette conférence, SE a clôturé le débat. Rebondissant sur l’exemple de Total développé par le Secrétaire Général d’Akuo Energy, Dr. Al-Zeyoudi a entamé son propos en expliquant que cette problématique de la « transition énergétique » ne se retrouve pas seulement dans la région du Golfe mais également en Afrique et dans les Caraïbes, à titre d’exemple. Selon l’Ambassadeur, ce qui est important ce n’est pas d’importer les ENR dans l’émirat mais bien d’agir dans une perspective de plus long terme : le financement en R&D dans secteur des énergies vertes.

SE ajoute que les de stéréotypes sur les émiratis sont nombreux. Il dément l’idée selon laquelle les émiratis seraient simplement riches et inactifs pour leur pays, dans la mesure où les dirigeants ont des projets correspondants à une perspective de long terme. En effet, des projets sont entrepris pour concilier le développement et la protection de l’environnement.

Il y a une réelle volonté de développement humain avec des investissements croissants, misant sur les diplômes ainsi que les stages dans des pays développés, afin que la population émiratie dispose de diplômés ayant acquis une expérience étrangère pouvant être rapportée au pays et contribuer ainsi à son rayonnement. « Les EAU ont pris plusieurs actions adressées directement au changement climatique et à la transition [énergétique] pour bâtir une économie bas-carbone basée sur les savoirs et l’innovation. A travers le Masdar, la région est le plus grand exportateur d’ENR basé à Abu Dhabi, nous ouvrons la voie aux énergies propres du futur. »[1], a ajouté Dr Al-Zeyoudi.

Concernant la COP 21 qui s’est tenue au Bourget, l’Ambassadeur a tenu a ajouté un mot disant que « la conférence de Paris sur le climat présente des opportunités pour la région du Golfe de capitaliser sur les avancements technologiques pouvant booster le progrès économique tout en protégeant l’environnement »[2]. Il a terminé ses remarques en ajoutant que « les actions climatiques sont alignées avec la stratégie prise par les EAU de diversifier notre économie ainsi que notre mix énergétique dans une perspective où nous préparons notre nouveau futur énergétique. »[3]

[1] “The UAE is taking a wide range of actions to address climate change and transition from a hydrocarbon-based economy to one that relies on knowledge and innovation”, “Through Masdar, the region’s largest exporter of renewable energy based in Abu Dhabi, we are paving the way toward a clean energy future. » in https://www.wam.ae/en/news/emirates/1395288887160.html

[2] “The Paris climate conference presents opportunities for the Gulf region to capitalize on technological advancements to boost economic progress and protect the environment” in https://www.wam.ae/en/news/emirates/1395288887160.html

[3] “Climate action aligns with the UAE’s strategy to diversify our economic and energy mix as we prepare for a new energy future, » in https://www.wam.ae/en/news/emirates/1395288887160.html

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s