La fin d’un monde

Par Paul Elek pour Sciences Po Monde Arabe12168099_10207423066913014_1299782917_nL’intifada est-elle en route ? Pour le moment ni la Palestine ni Israël n’ont pris feu et si les médias s’enflamment ce n’est que par manque de compréhension. Voilà des années que l’Occident vit dans l’attente naïve que le « processus de paix » engagé depuis Oslo aboutisse. Que deux Etats s’érigent, que cessent les violences et que naisse la paix après tant de sang versé. Non, les affrontements récents n’ont rien d’une intifada. N’offrant à voir ni une unité politique des dirigeants palestiniens, ni une implication profonde de la société civile ou encore de la population arabo-israélienne, cessons de souffler sur la braise pour assouvir les besoins de l’hystérie médiatique.

Que se passe-t-il ? Le cycle de violence a pris en intensité. Il est important de comprendre que si l’Occident vit le conflit au rythme de l’irruption d’une violence plus visible, celle-ci n’a en réalité jamais quitté cette terre. Peut être le discours d’Abbas à l’ONU rentrera-t-il dans l’histoire comme le moment où l’Autorité Palestinienne fait état de son impuissance. Sa tâche rendue impossible par son voisin qui viole sans complexe l’ensemble des accords trouvés par le passé, la Palestine ne se sent plus tenue de les suivre. Le monde d’Oslo se meurt. Ici, tout le monde le sait. Ici, il existe une jeunesse qui n’a connu ni la guerre, ni les intifada, seulement l’occupation, le siège de leur pays et de leur vie. C’est cette jeunesse qui se révolte. N’ayant vécu qu’un faux semblant de statu quo, n’ayant vu que les colonies s’étendre, leurs terres confisquées, les colons impunis de leurs crimes, la limite de leurs rêves, leurs mouvements, leur avenir, celle-ci pousse un cri de colère. Quel a été l’élément déclencheur ? Impossible comme souvent ici de dire d’où est parti le signal. Il n’est pas difficile par contre de saisir les raisons. La violence est partout. Combien de morts tombent chaque jour, combien de ces bavures qui ne finissent que comme des statistiques sur les bandeaux de nos chaines de télévision en continu faudra-t-il pour que quelque chose change? L’occupation tue, les autorités d’occupation assassinent. Voilà ce que crient les jeunes aux lance-pierres. Ils sont fatigués de devoir conjuguer le verbe mourir au présent. Fatigués d’avoir pour voisin des geôliers, des oppresseurs, des spoilers. Fatigués d’être condamnés à être victimes parce que son voisin a décidé d’assumer entièrement que la vie d’un juif vaut plus que celle d’un palestinien. On enterre ses morts puis on y va, keffieh sur le visage, fronde en main, on s’organise. On se barricade et on lance sur les soldats des autorités d’occupation des pierres. J’y étais, j’ai vu les enfants récolter des pierres, préparer les cocktails molotov dans les ruelles aux alentours puis les apporter aux plus grands. Le quartier autour s’organise également, on fait des sandwiches, on apporte de l’eau, on fait corps. Les personnes plus âgées se disent que ce n’est plus de leur âge, et regardent impassibles la scène.

Demandez aux Palestiniens s’ils pensent que c’est une solution, ils vous demanderont si vous avez une meilleure idée. Comment les condamner ? La lutte armée n’a pas marché, la négociation non plus. Isolés dans leurs malheurs, ils veulent enterrer un monde qui n’a pas trouvé encore d’alternative ou du moins qu’ils se sentent impuissant à changer. C’est une des réalités qu’ils vivent. Comment expliquer sinon que des jeunes hommes et femmes à peine la vingtaine se jettent couteau en main sur des israéliens, malgré la mort, les représailles sur leurs familles ? Ces attaques que rien ne saurait excuser sont terribles. Le meurtre aveugle n’a jamais été la solution et l’escalade dans les attaques ne présume rien de bon. Elles sont le symptôme d’une société malade, que nous avons laissé pourrir en feignant de ne pas voir les crimes d’Israël. Alors je le répète, si ces adeptes du couteau commettent l’irréparable, elles ne sont malheureusement que le retour de flamme d’une terreur d’Etat que l’Occident combat avec des communiqués de presse.

Il ne faut pas tout de même pas croire que le peuple palestinien est tout entier envahi d’une désespérance totale. Si l’intifada n’a pas lieu il faudra que les palestiniens puisent alors de nouveau dans leurs ressources pour trouver la force et la patience pour découvrir une nouvelle alternative. Ce ne sont ni les projets et ni les objectifs ni les volontés qui manquent mais qui, étouffé par plus puissant que ce soi, triomphe envers et contre tout. Peuple formidable, habitué à subir mais déterminé à conquérir ce qui lui est de droit, je ne doute pas qu’ils y parviendront. Enterrons Oslo avec eux et laissons les parcourir leur chemin en leur épargnant commentaires et étiquettes. Spectateurs, réveillons-nous, un peuple crie à l’aide.  Sur les réseaux sociaux, mes amis partagent ce slogan à chaque enfant, femmes ou jeunes hommes abattus, « our lives do matters, we need help ». Faisons en sorte que cela ne reste ni un slogan ni une promesse mais enfin, cette fois une réalité. Ouvrons les yeux sur les réalités de l’occupation, ouvrons le débat sur les sanctions que nous pouvons à notre humble mesure mettre en place.

Paul Elek

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s